Aller au contenu

Landgrave

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Couronne
Représentation héraldique de la couronne de landgrave.

Un landgrave (en allemand : Landgraf ; en latin : comes provincialis, comes regionarius, comes terræ ou comes patriæ) est un titre de noblesse du Saint-Empire romain germanique.

Littéralement « comte provincial », il correspond au rang de comte ou grave (Graf), mais désigne plus spécifiquement un haut dignitaire exerçant son autorité dans une circonscription particulière appelée landgraviat, reçue comme fief de l'Empire. Il a notamment pour rôle de rendre la justice seigneuriale au Moyen Âge, dans les affaires civiles et les affaires pénales qui concernent les hommes libres, à savoir les nobles, sous sa juridiction.

Apparu au XIIe siècle, ce titre s'est particulièrement développé au centre de l'Empire, en Hesse et en Thuringe, ainsi que dans les régions du Rhin supérieur comme la plaine d'Alsace, le plateau suisse, la Souabe et autour du lac de Constance.

Le titre de landgrave apparaît au XIIe siècle, sous le règne de l'empereur Lothaire de Supplinbourg. Selon l'historien Theodor Mayer (de), le souverain du Saint-Empire aurait institué les landgraviats vers - afin d'affaiblir les ducs, en particulier les ducs de Souabe issus de la famille des Hohenstaufen, en confiant une partie de leurs prérogatives à d'autres familles nobles. D'autres historiens, comme Meinrad Schaab (de), estiment au contraire que les landgraviats ne sont pas une institution nouvelle mais la continuation, sous un autre nom, des anciens comtés (Gaugrafschaften)[1].

Cette divergence d'interprétation s'explique par l'évolution des comtés depuis l'époque carolingienne : à l'origine, un comté était une circonscription publique dans laquelle un comte représentait le pouvoir central. La charge de comte devint rapidement héréditaire, mais transmissible à un seul héritier. À partir de la seconde moitié du XIe siècle, ce modèle se fragmente : les comtes adoptent le nom de leur château personnel plutôt que celui de leur circonscription. Plusieurs héritiers commencent à porter simultanément le titre de comte. Cette situation contribue à distinguer ces nouveaux comtes titulaires des détenteurs de comtés anciens, qui prennent alors le titre de landgrave[2].

Le landgrave est un haut dignitaire impérial recevant sa charge en fief de l'Empire. Sa principale attribution consiste à exercer une juridiction sur les hommes libres, c'est-à-dire principalement les nobles. Cette juridiction concerne aussi bien les affaires civiles que pénales[3],[4].

L'exercice de la justice s'incarne dans les plaids publics (Landgericht), assemblées qui se tiennent en plein air sur la voie publique, une place, ou dans un champ. Leurs décisions sont sacralisées par la présence de reliques sur lesquelles les participants prêtent serment. Autour de ces assemblées se constitue progressivement une structure administrative, avec un sergent provincial (Landweibel) et un greffier (Landschreiber)[4].

Au-delà de la justice, le landgrave détient une part de la puissance publique, avec un rôle militaire théorique, bien que peu documenté et rapidement réduit par les liens féodaux. Plus largement, les landgraviats constituent des circonscriptions administratives du Saint-Empire, créées pour représenter le pouvoir impérial dans les territoires concernés, maintenir la paix publique et servir d'instances judiciaires pour les hommes libres[5].

Attributions

[modifier | modifier le code]

Au milieu du XIIIe siècle, les landgraviats deviennent un appui politique pour les grandes familles nobles qui les détiennent. Des dynasties telles que les Neuchâtel-Nidau dans le Buchsgau, les Habsbourg en Haute-Alsace et les Wettin en Thuringe cumulent alors le titre de comte et la fonction de landgrave. À l'origine non transmissibles, les charges de landgrave deviennent héréditaires à la fin du XIIIe siècle et sont dès lors considérées comme des éléments du patrimoine privé : elles peuvent dès lors être engagées, partagées ou vendues par des nobles endettés. Au XIVe siècle, les comtes de Werde, par exemple, cèdent leur charge de landgrave de Basse-Alsace aux comtes d'Oettingen, qui la revendent ensuite aux évêques de Strasbourg[5],[4].

La situation diffère selon les territoires. Le landgrave de Haute-Alsace y joue un rôle d'intermédiaire entre les seigneurs locaux et l'empereur, et le landgraviat y constitue une réalité territoriale dotée d'une force politique et d'une juridiction souveraine. En Basse-Alsace, en revanche, le titre détenu par les évêques de Strasbourg se réduit progressivement à une dignité honorifique sans consistance territoriale[6].

Liste des landgraviats

[modifier | modifier le code]

Hesse et Thuringe

[modifier | modifier le code]

Plaine d'Alsace

[modifier | modifier le code]

Plateau suisse

[modifier | modifier le code]

Souabe et lac de Constance

[modifier | modifier le code]

Autres territoires

[modifier | modifier le code]

Références

[modifier | modifier le code]

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • [Bischoff 2020] Georges Bischoff, « Landgraviat », dans Dictionnaire historique des institutions d'Alsace, (lire en ligne).
  • [Bretschaneider 2023] Falk Bretschaneider, « Landgrafschaft », sur Les mots du Saint-Empire – Un glossaire, (consulté le ).
  • [Dubler 2020] Anne-Marie Dubler (trad. Pierre-G. Martin), « Landgraviats », dans Dictionnaire historique de la Suisse, (lire en ligne).
  • [Encyclopédie de l'Alsace 1984] « Landgraviat », dans Encyclopédie de l'Alsace, t. 8 : Kientzheim-Mietesheim, Strasbourg, Publitotal, , p. 4622.
  • [Metz 1997] Bernhard Metz, « Les familles et le château de Hüneburg au Moyen Âge », dans Gilles Barnagaud, Pierre Boulay, René Kill et al., Hunebourg, un rocher chargé d'histoire : du Moyen Âge à l'époque contemporaine, Strasbourg, Société savante d'Alsace, coll. « C », , 269 p. (ISBN 2-904920-17-X), p. 9-62.
  • [Jordan 2023] Benoît Jordan, « Un Landgraben et deux landgraviats : l’Alsace en elle-même », Revue d'Alsace, no 149,‎ , p. 29-45 (DOI doi.org/10.4000/11pjn, lire en ligne, consulté le ).

Articles connexes

[modifier | modifier le code]