Geraint
Érec
| Geraint | |
| Personnage de fiction apparaissant dans légende arthurienne. |
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Geraint et sa femme Énide, d'après Idylls of the King. | |
| Alias | Érec |
|---|---|
| Sexe | Masculin |
| Espèce | Humaine |
| Activité | Chevalier de la Table Ronde |
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Geraint (ou Gereint) ou Érec est, dans le cycle arthurien, l'un des chevaliers de la Table Ronde, et par conséquent un compagnon d'armes du roi Arthur. Il est l'époux d'Énide et le personnage principal du roman Érec et Énide, de Chrétien de Troyes. Geraint est aussi le personnage principal d'un conte gallois, Gereint ac Enid.
Étymologie et terminologie
[modifier | modifier le code]Le nom gallois Geraint ou Gereint est aussi connu sous sa forme latine Gerontius. Le Geraint gallois ne traduit pas Wereg (comme supposé parfois[1]) mais est le nom du général romain Gerontius, dux du Tractus Armoricanus (Littoral armoricain, l'un des responsables de l'installation des Brittones en Bretagne) vers la fin du IVe siècle[2].
Le nom d'Enid est celui de la ville de Vannes < *Wenitia (R. Bromwich, Trioedd Ynys Prydein), terre dorigine du mythe de fondation[3], qui s'est étendu à la région de Vannes, pays vannetais ou Broërec, breton Browereg. Les différents récits reposent sur un mythe fondateur.
Érec est dérivé de < *wer, « homme », au sens de « viril ». L'assimilation Gerontius - Werec est telle qu'on doit poser que Werec (< *wirakos) était un surnom de Gerontius[4]. Weroc est l'éponyme du Bro-Wereg breton (Broërec). Son nom médiéval est Waroc[5]. L'histoire de ce couple fondateur a inspiré Chrétien de Troyes, qui a puisé dans le répertoire de la "Matière de Bretagne" (Loomis, Celtic Myths and Arthurian Romance). Certains auteurs anglo-saxons pensent pour une référence à Geraint de Domnonée[6], mais celui-ci est moins relié à la Bretagne.
La tradition brittonique, politique et mythique, connaît plusieurs personnages nommés Geraint. Outre le général romain Gerontius, Geraint mab Erbin (dont il est essentiellement question dans l'article) est issu de la plus ancienne tradition domnonéenne[3]. Tandis que les Triades galloises évoquent un certain Geraint le Grand, fils de Cymmamon le Vieux, un des trois chevaliers privilégiés de la cour d'Arthur. Ils était plébéiens et fils de vassaux ; mais sa parole et sa disposition à l'honnêteté, à l'urbanité, à la douceur, à la sagesse, à la bravoure, à la justice, à la miséricorde et à toutes les qualités et connaissances louables, en temps de paix comme en temps de guerre, étaient si exemplaires que la cour et ses privilèges lui fut accordés sans restriction[7]. Enfin, Weroc est aussi le nom d'un chef breton du vannetais au VIe siècle[3].
Geraint dans la littérature médiévale
[modifier | modifier le code]Bien que connu antérieurement par la tradition narrative du Sud-Ouest britannique, il s'est trouvé intégré à la légende arthurienne. Qu'il s'appelle Geraint ou Érec, il est toujours le mari d'Énide (ou Enid), aussi bien dans les textes gallois que français et allemands, et plus tard dans Idylls of the King d'Alfred Tennyson. La trame de l'histoire est elle aussi la même : après son mariage, Geraint oublie ses devoirs de chevalier. Énide se sent responsable, Érec se trompe sur ses intentions et l'entraîne dans de cruelles aventures, afin de tester sa loyauté[8]. Érec est le fils du roi Lac dans Érec et Enide tandis que Geraint est fils d'Erbin.Thomas Malory ne mentionne pas ce personnage, mais il pourrait être identifié sous le nom Sir Garaunt[9].
Dans la littérature galloise
[modifier | modifier le code]L'élégie Gereint Fil' Erbin du livre noir de Carmarthen (21, 11. 26) le présente comme un ennemi de l'oppression (gormes), le « grand fils de son père » (Gereint vaur mab y tad), mort à Llongborth. Ses hommes sont originaires de Diwneint, ses chevaux sont ardents tels des aigles tachetés, noirs, rouges, blancs (blith, bv, coch, gvinn ; voir les strophes 10 à 13) et gris (llvit, strophes 16 et 17)[3].
Il est aussi connu du Y Gododdin (A.84 : Gereint rac deheu gawr a dodet « Gereint, son cri de guerre fut lancé devant les hommes du Sud » ; hael Gereint, « généreux Gereint »), ce qui permet de le situer à la fin du VIe siècle[3].
Gereint ac Enid est l'une des trois romances (Y Tair Rhamant), usuellement publiée avec les Mabinogion depuis leur traduction en anglais par Lady Charlotte Guest. Ce personnage est évoqué dans un poème du barde Llywarch Hen (Chant de mort de Geraint fils d'Erbin, dans le Livre noir de Carmarthen), où il est désigné comme un compagnon d'Arthur[10]. Le récit expose l'accession du héros à la royauté par des épreuves trifonctionnelles et une cosmologique[3].
Plusieurs Triades galloises (œuvres présentant des trios de l'île de Bretagne sur différents sujets) évoquent Geraint. Il y est décrit comme un des trois armateurs de la flotte de l'île de Bretagne. Tandis que son fils Garwy y est décrit comme un des trois chevaliers de la cour du roi Arthur qui sont d'une grande courtoisie, les plus accueillants envers tous les hôtes et étrangers ; nul ne pouvait se voir refuser ce qu'il désirait de leur part, et leur générosité était telle envers chacun que ce qu'ils recevaient était comparable à ce qu'un ami leur avait accordé par pure amitié[11],[12] :
Dans Érec et Énide
[modifier | modifier le code]Le roi Arthur organise une chasse au cerf blanc le jour de Pâques. Érec n'y participe pas, mais escorte la reine Guenièvre. Sur le chemin, l'une des suivantes de la reine est malmenée par un nain. Érec le suit pour lui demander justice, arrive dans une ville où il rencontre Énide, en tombe amoureux et l'épouse après avoir vaincu son rival. Il reste ensuite un an auprès de sa femme, temps durant lequel il cesse de guerroyer, ce qui provoque des murmures sur son compte venant des autres chevaliers. Énide en vient à lui reprocher de demeurer auprès d’elle. Ces plaintes décident Érec à partir seul avec son épouse en aventure, mais en interdisant à celle-ci de lui parler. Énide viole à plusieurs reprises cet ordre pour sauver son mari, d’abord de chevaliers bandits, ensuite d’un comte malhonnête qui la désirait pour lui ; Érec affronte également deux géants. À la suite d’une autre péripétie, durant laquelle Énide repousse les avances d’un autre comte pendant que le héros passe pour mort, le couple se réconcilie définitivement. Dans une ultime épreuve, « La Joie de la cour », Érec vainc un chevalier condamné à combattre tous les visiteurs d’un jardin merveilleux à cause d’une promesse faite à sa femme. Le conte se clôt avec le couronnement en grande pompe des deux époux par le Roi Arthur lui-même, après la mort du père d’Érec[13].
Analyse
[modifier | modifier le code]Les sources les plus anciennes concernant Geraint, dans un poème gallois, racontent de quelle manière une défaite héroïque peut devenir source d'honneur[1]. Il est probable que ce personnage ait réellement existé. Il s'agirait d'un des deux souverains homonymes de Domnonée Geraint ap Erbin fl. 550, petit-fils de Constantin de Domnonée ou Geraint ap Erbin prince du Devon qui s'opposa aux Saxons du roi Ine de Wessex vers 710[14], donc longtemps après le règne supposé d'Arthur. Le patronyme d'un chef de guerre breton du haut Moyen Âge a peut-être été une autre source d'inspiration chez Chrétien de Troyes pour donner un nom au héros de son roman. En effet, le pays vannetais fut aussi appelé Bro(u)erec, md. Bro Wereg (« pays de Wereg ou Waroch »), qui a évolué ensuite en Bro Ereg, puis Broërec[15].
Le personnage est représentatif de la transition entre traditions païennes celtes et traditions chrétiennes, Gereint / Erec étant à la fois un fondateur politique et un héros mythique (voir à ce sujet Philippe Jouët, L'Aurore celtique et Aux sources de la mythologie celtique, Yoran éd.). Le texte français (champenois) de Chrétien de Troyes accorde ces données à celles du christianisme[16].
Article lié
[modifier | modifier le code]Personnalité portant ce prénom
[modifier | modifier le code]Geraint Thomas, coureur cycliste britannique, né en 1986 à Cardiff (Pays de Galles).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Rosalind Field, Phillipa Hardman et Michelle Sweeney, Christianity and Romance in Medieval England, Boydell & Brewer, 2010 (ISBN 184384219X et 9781843842194), p. 32
- ↑ Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne (1980).
- Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, 2024, p. 538.
- ↑ Alan-Joseph Raude, L'origine géographique des Bretons armoricains, Lorient, Dalc'homp Sonj, 1996 (ISBN 9782905929105), Chronique de Saint-Brieuc, 72.
- ↑ Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, 2024, p. 446.
- ↑ Skene, W. F. (1988). Bryce, Derek, ed. Arthur and the Britons in Wales and Scotland (ill. ed.). Lampeter, Wales: Llanerch Press. (ISBN 978-0947992231).
- ↑ Triads of Britain, collectées par Iolo Morganwg (1823), traduit par William Probert, 120. (lire en ligne, en anglais).
- ↑ Lacy 2013, p. 145
- ↑ (en) Phyllis Ann Karr, King Arthur Companion: A Guide to the People, Places, and Things of Arthur's Britain, Chaosium, 1983, p. 41
- ↑ Jean-Pierre Foucher, préface d'Erec et Enide dans Romans de la Table Ronde, Gallimard, 1970
- ↑ Triads of Britain, collectées par Iolo Morganwg (1823), traduit par William Probert, 68 & 119. (lire en ligne, en anglais).
- ↑ Welsh Triads du Livre rouge de Hergest, Anonyme, traduit par John Rhys et John Gwenogvryn Evans (en) (1868), 24. (lire en ligne, en anglais).
- ↑ Steinberg 2003, p. 40
- ↑ Jean Markale, Le Roi Arthur et la société celtique, Payot, 1976
- ↑ Alain Stéphan, Tous les prénoms bretons, coll. universels Gisserot, éditions Jean-paul Gisserot, 1996, (ISBN 2877471721 et 9782877471725), p. 40
- ↑ (en) Jessica V. Tomaselli, The Coexistence of Paganism and Christianity in the Arthurian Legends, Kutztown University of Pennsylvania, ProQuest, 2007, (ISBN 0549351604 et 9780549351603), p. 34-35
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Jean-Paul Allard, L'initiation royale d'Érec, le chevalier, Archè, 1987, 131 pages
- (en) Norris J. Lacy, Geoffrey Ashe, Sandra Ness Ihle, Marianne E. Kalinke et Raymond H. Thompson, « Erec », dans The New Arthurian Encyclopedia: Updated Paperback Edition, Routledge, (ISBN 1136606335 et 9781136606335, lire en ligne), p. 145
- Université de Picardie. Centre d'études médiévales. Colloque, Danielle Buschinger et Wolfgang Spiewok, Erec, ou l'ouverture du monde arthurien, Greifswald, , 134 p. (ISBN 3-89492-005-X et 9783894920050)
- (en) Theodore Louis Steinberg, Reading the Middle Ages : An Introduction to Medieval Literature, McFarland, , 188 p. (ISBN 978-0-7864-8187-3, lire en ligne)
- Léon Fleuriot, Les origines de la Bretagne
- Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la religion celtiques, Yoran, Fouesnant, 2012.