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Joseph Saint-Rémy

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Joseph Saint-Rémy
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité

Joseph Saint-Rémy, né à Basse-Terre le 21 mars 1816 et décédé à Laferté-sur-Aube le 9 septembre 1858[1],[2], est un des trois premiers premiers historiens de la Révolution haïtienne, avec Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin.

Joseph Saint-Rémy naquit le 21 mars 1816 à Basse-Terre[3], dans la colonie française de Guadeloupe, de parents mulâtres libres. La famille Saint-Rémy s'installa aux Cayes, dans le département Sud d'Haïti, où elle obtint la citoyenneté haïtienne en tant qu'afro-descendante.

Parvenu à l'âge adulte, Joseph Saint-Rémy étudia le droit à Paris, puis revint aux Cayes pour exercer comme avocat, sous le gouvernement de Jean-Pierre Boyer. Sympathisant de la révolution libérale de 1843 qui renversa le régime de Boyer, Saint-Rémy eut des liens avec le bref gouvernement de Charles Rivière Hérard. A la chute de celui-ci, il fut emprisonné, et finalement dut s'exiler sous le gouvernement de Jean-Louis Pierrot. Il tenta un retour à Haïti en 1847, quand Faustin Soulouque accéda au pouvoir, mais ne tarda pas à repartir pour Paris.

Œuvre d'historien

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En 1839, Joseph Saint-Rémy publia son premier ouvrage, un essai biographique très hostile à l'ancien roi d'Haïti, Henri Christophe, vu comme un traître et un profiteur de la révolution.

Réfugié à Paris entre 1845 et 1853, Joseph Saint-Rémy se consacra à des recherches sur la Révolution haïtienne. Ayant obtenu l'accès aux archives du ministère français de la Marine, il publia en 1850 une Vie de Toussaint L'Ouverture, « figure immense, qui appartient à toutes les races et à tous les âges »[4], à laquelle il reprochait toutefois une dérive despotique et antimulâtre à partir de la guerre du Sud.

Puis il se pencha sur le personnage d'Alexandre Pétion, fondateur de la République haïtienne. En 1854, il publia les deux premiers volumes de Pétion et Haïti, bientôt suivis de trois autres. Mais l'historien mourut dans la force de l'âge en 1858, laissant son œuvre inachevée[2].

Une grille de lecture « mulâtriste »

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Comme ses homologues Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin, Joseph Saint-Rémy insiste, dans son œuvre, sur le rôle de la minorité mulâtre dans la Révolution haïtienne. Il magnifie par exemple les figures républicaines d'André Rigaud et Alexandre Pétion, issus de la minorité mulâtre, qu'il oppose aux figures jugées absolutistes de Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe, issus de la majorité noire. Il rend hommage au génie de Toussaint Louverture (qu'il orthographie L'Ouverture) mais lui reproche d'avoir été l'initiateur du despotisme en Haïti.

Les travaux de Thomas Madiou, Saint-Rémy et de Beaubrun Ardouin s'inscrivaient en fait dans les controverses de leur temps (années 1840-1850), à une époque où la prééminence de l'élite mulâtre à Haïti était remise en cause, notamment sous le règne de Soulouque. L'enjeu était, pour eux, de la réhabiliter, en soulignant son rôle dans la révolution et dans la guerre d'indépendance [5].

Notes et références

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  1. Archives départementales de Haute-Marne Acte de décès no 19, vue 157 / 276
  2. a et b F. Raphaël Berrou & Pradel Pompilus, Histoire de la Littérature Haïtienne illustrée par les textes, Tome I, Port-au-Prince, Editions Caraïbes & Editions de l'Ecole, , 734 p., p. 239 à 246
  3. Site ANOM Acte de naissance no 85 dressé le 14/4/1816, vue 44
  4. Joseph Saint-Rémy, Vie de Toussaint L'Ouverture, Paris, Moquet, , 428 p. (lire en ligne), p. VIII
  5. (en) David Nicholls, From Dessalines to Duvalier : race, colour, and national independence in Haiti, Rutgers University Press, , 357 p. (ISBN 9780813522401, lire en ligne), p. 89

Liens externes

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